Le Trésor américain dévoile un projet de règles sur l'émission de stablecoins dans le cadre du GENIUS Act
Résumé du marché par IA
Les règles proposées par le Trésor américain au titre du Title III du GENIUS Act resserrent la définition d'une "émission américaine" (à compter du premier transfert) et étendent la responsabilité potentielle aux bourses d'échange et aux teneurs de marché impliqués dans une distribution initiale illégale. Le cadre conditionne également l'accès des stablecoins étrangers à une réglementation nationale comparable et à l'enregistrement auprès de l'OCC, tout en laissant entrevoir des approches plus strictes et de futures restrictions visant les prestataires de services. Cela accroît, à court terme, l'incertitude réglementaire et de conformité pour les principaux stablecoins de paiement.
Niveau d'impact
● Élevé
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Le département du Trésor des États-Unis a publié un avis de projet de réglementation (NPRM) précisant la mise en œuvre du titre III du GENIUS Act, destiné à encadrer les stablecoins de paiement. Le texte détaille qui peut émettre ces actifs, où, dans quelles conditions, et à quel moment ils peuvent être proposés à des utilisateurs situés aux États-Unis.
Point central du projet : un stablecoin serait considéré comme "émis" aux États-Unis non pas au moment où les jetons sont techniquement créés, mais lors de leur premier transfert à un utilisateur. Cette "première cession" correspond au moment où une autre personne obtient le droit d'utiliser, de transférer ou de racheter l'actif. Le Trésor propose aussi qu'un retour du jeton à l'émetteur "réinitialise" l'émission précédente : si le même jeton est ensuite transféré à nouveau à une autre personne, l'opération serait traitée comme une nouvelle émission.
Le cadre proposé lie également l'analyse à la localisation de l'émetteur et du destinataire. Une émission serait réputée avoir eu lieu aux États-Unis si, au moment du premier transfert, l'émetteur est situé aux États-Unis ou si le destinataire est situé aux États-Unis. Pour une personne physique, le critère serait la présence physique, et non la nationalité : un citoyen américain à l'étranger ne serait donc pas considéré comme "situé aux États-Unis" lorsqu'il reçoit le jeton. Le Trésor donne un exemple : si un émetteur étranger non autorisé à opérer sur le marché américain transfère un stablecoin à un citoyen américain à l'étranger, il ne s'agirait pas d'une émission américaine.
Pour les entreprises, les critères diffèrent : il suffit d'être immatriculé aux États-Unis ou d'y avoir son principal établissement pour être considéré comme localisé aux États-Unis.
Le projet confirme que le GENIUS Act n'exclut pas les stablecoins étrangers, sous conditions. Le Trésor propose d'autoriser les émetteurs étrangers à opérer aux États-Unis s'ils respectent les exigences de la section 18(a), notamment une supervision dans le pays d'origine jugée comparable au régime américain et une inscription auprès de l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC).
Le texte prévoit aussi une protection de responsabilité pour les émetteurs étrangers si un jeton se retrouve auprès d'un utilisateur américain "par accident". Une société pourrait démontrer qu'elle n'a pas émis aux États-Unis si elle : (1) est située hors des États-Unis, (2) avait des raisons raisonnables de croire que les destinataires étaient hors des États-Unis, (3) a effectivement appliqué des procédures de vérification de la localisation des utilisateurs, (4) n'a pas fait de publicité ni de promotion du stablecoin sur le marché américain. Les mesures évoquées incluent les données collectées à l'ouverture de compte, le contrôle des adresses IP, la géolocalisation des appareils, des déclarations contractuelles et la surveillance des transactions. Le Trésor ne fixe pas encore un dispositif obligatoire et sollicite des retours du marché.
Autre volet : la notion de "participation" à une émission illégale. Le Trésor propose de ne pas limiter la responsabilité au seul émetteur direct. Selon les cas, pourraient être considérées comme participantes des entreprises qui fournissent des services de rachat, coordonnent des étapes clés de l'émission, trouvent les premiers acheteurs, minent les jetons, agissent comme teneur de marché lors de la distribution initiale, distribuent les jetons aux premiers acquéreurs, ou facilitent l'entrée initiale de l'actif sur le marché secondaire. Exemple cité : une plateforme qui organiserait une mise sur le marché initiale immédiatement après une émission illégale pourrait être qualifiée de participante. Le texte précise que les échanges ordinaires longtemps après l'émission ne relèveraient généralement pas de cette disposition spécifique, même si d'autres exigences du GENIUS Act pourraient s'appliquer.
Le projet couvre aussi des modes de distribution atypiques. Un airdrop gratuit pourrait être traité comme une émission : si un émetteur crée des stablecoins et les transfère gratuitement à un utilisateur situé aux États-Unis, le Trésor propose de qualifier l'opération d'émission aux États-Unis, sans qu'une vente soit nécessaire. La question de savoir si un tel airdrop constituerait aussi une offre de vente reste ouverte. L'agence sollicite également des commentaires sur le fonctionnement des bridges et des stablecoins "wrappés" ; le document ne pose pas, à ce stade, que tout transfert via un bridge crée automatiquement une nouvelle émission.
Des changements sont aussi prévus pour les prestataires de services sur actifs numériques. À compter du 18 juillet 2028, ces acteurs ne pourront généralement plus proposer ou vendre des stablecoins de paiement à des personnes situées aux États-Unis si le jeton n'est pas émis par un émetteur agréé. Pour les stablecoins étrangers, certaines obligations pourraient s'appliquer dès la date d'entrée en vigueur attendue du GENIUS Act, fixée au 18 janvier 2027. Un prestataire ne pourra pas proposer ou rendre disponible aux États-Unis un stablecoin d'un émetteur étranger s'il ne dispose pas des capacités techniques nécessaires pour se conformer aux exigences légales américaines et s'il n'accepte pas de s'y conformer. Cela inclut la capacité d'exécuter des ordres légaux relatifs aux jetons, le Trésor citant notamment des fonctions de smart contracts permettant de geler, saisir ou brûler des actifs. Aucune obligation d'audit technique obligatoire de ces fonctions n'est encore fixée.
Une plateforme pourrait s'appuyer sur des déclarations de l'émetteur étranger, à condition de mener une due diligence préalable. Si elle savait ou avait des raisons suffisantes de croire que la déclaration était fausse, elle ne pourrait pas s'en prévaloir.
Le Trésor envisage aussi des évolutions possibles. Une approche plus stricte est étudiée : toute émission ou vente à une personne américaine serait considérée comme une infraction, indépendamment du fait que l'émetteur ou la plateforme connaissait la localisation de l'utilisateur. Dans ce scénario, la qualité des procédures de vérification pèserait surtout sur l'exposition pénale. Autre piste : un mécanisme proche de la Regulation S pour les transactions réalisées hors des États-Unis, permettant à des sociétés étrangères d'opérer si les opérations se déroulent réellement à l'extérieur du pays et sans marketing ciblé vers les États-Unis. Le ministère étudie aussi un régime simplifié pour les petites transactions ; une option évoque un seuil de 1 million de dollars par an, sans qu'il s'agisse d'une proposition formelle.
Les commentaires du marché seront acceptés pendant 60 jours après la publication du NPRM au Federal Register. À titre de rappel, le média indique avoir déjà rapporté que Tether disposerait de deux ans pour mettre l'USDT en conformité avec le GENIUS Act.