États-Unis : en juillet, les créations d'emplois non agricoles reculent de 23"000, compliquant une hausse des taux de la Fed
Résumé du marché par IA
Les créations d'emplois non agricoles aux États-Unis en juillet ont diminué de 23 k par rapport aux attentes, accompagnées d'importantes révisions à la baisse du mois précédent, renforçant les preuves d'un refroidissement du marché du travail et réduisant la probabilité perçue d'un nouveau resserrement de la Fed. Les marchés ont réagi par une baisse des rendements des bons du Trésor et un renforcement des contrats à terme sur actions, alors que les anticipations de politique se sont déplacées vers une trajectoire plus accommodante, tandis que l'attention se tourne vers l'IPC de la semaine prochaine comme contrainte clé sur les anticipations de taux. Le dollar pourrait subir une pression à court terme si la désinflation persiste.
Niveau d'impact
● Élevé
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Le marché du travail américain a surpris négativement en juillet. Les créations d'emplois non agricoles (nonfarm payrolls) ont reculé de 23"000, là où le consensus attendait environ 80"000 postes. Le rapport, publié vendredi, s'accompagne en outre de révisions à la baisse de 103"000 emplois au total pour mai et juin, ravivant les inquiétudes de Wall Street sur un essoufflement de l'emploi.
Le tableau reste contrasté : le taux de chômage a diminué à 4,1%, un mouvement attribué à la baisse du taux de participation à la population active, en recul cumulé de 0,7 point depuis le début de l'année.
Les économistes divergent sur la portée du signal. Thomas Ryan, économiste senior chez Capital Economics, estime que, même si la faiblesse n'apparaît pas encore pleinement dans les indicateurs plus larges, elle est suffisante pour pousser les responsables de la Réserve fédérale à réévaluer l'état du marché du travail et à réduire l'appétit pour un resserrement monétaire supplémentaire à court terme.
D'autres appellent à relativiser, pointant des effets sectoriels et saisonniers. Sonu Varghese, chief macro strategist chez Carson Group, souligne que les "trous" viennent surtout de pertes de 50"000 postes dans l'éducation des administrations locales, liées à des facteurs saisonniers de fin d'année scolaire, ainsi que d'un repli des loisirs et du tourisme avec l'extinction de l'effet Coupe du monde. Hors ces éléments, le secteur privé aurait créé 30"000 emplois. Jeff Schulze, responsable de la stratégie économique et de marché chez ClearBridge Investments, ajoute que ce type de variation saisonnière se corrige souvent à l'automne, et que la tendance sous-jacente de créations d'emplois reste modérée.
Le rapport renforce en tout cas l'argumentaire du camp accommodant à la Fed. La gouverneure Lisa Cook, partisane d'un maintien des taux, a rappelé qu'elle se tient prête à agir contre l'inflation si nécessaire, mais qu'une hausse doit être mise en balance avec ses effets sur la stabilité du marché du travail. Selon elle, les forces de désinflation déjà à l'œuvre pourraient suffire à ramener l'inflation vers l'objectif sans relèvement additionnel.
Ellen Zentner, chief economic strategist chez Morgan Stanley Wealth Management, juge que des chiffres d'emploi faibles réduisent la pression en faveur d'une hausse en septembre. Elle avertit néanmoins que la décision de la Fed ne dépend pas d'une seule variable : si l'inflation de la semaine prochaine ressort nettement au-dessus des attentes, le ralentissement de l'emploi pourrait ne pas suffire à éteindre les appels internes à un relèvement.
Sur les marchés, la réaction a été typique : pariant sur la fin du cycle de hausses, les contrats à terme sur actions américaines ont progressé et les rendements des Treasuries ont reculé sur l'ensemble de la courbe. D'après les outils du CME, la probabilité implicite d'une hausse des taux en septembre est tombée de 55% jeudi à 44%.
Lindsay Rosner, responsable du crédit multisectoriel chez Goldman Sachs Asset Management, y voit la troisième année consécutive de "léthargie estivale". Le ralentissement des créations d'emplois plaide pour un statu quo en septembre, mais l'arbitrage final restera suspendu aux chiffres d'inflation.
L'ancien président de la Fed de Dallas Richard Fisher a, de son côté, mis en avant une lecture plus rassurante : les conditions d'emploi ont été plus résilientes qu'attendu et, surtout, la progression des salaires ralentit, ce qui contribuerait à atténuer les anticipations d'inflation des ménages.
Alors que la volatilité des statistiques d'emploi est devenue fréquente, Bradford Smith, gérant de portefeuille chez Janus Henderson Investors, estime peu probable que la Fed change de cap sur la base d'un seul point de données. L'attention du marché s'est déjà déplacée vers l'indice des prix à la consommation (CPI) publié la semaine prochaine, perçu comme l'élément décisif pour la réunion de septembre.