Obligations d'État longues : des rendements élevés ramènent les investisseurs

Les obligations d'État à longue échéance ont lourdement pénalisé leurs détenteurs pendant une bonne partie de l'année. Avec des rendements désormais élevés, les investisseurs commencent à revenir. Après une vague de ventes prolongée, les emprunts d'État longs mondiaux attirent de nouveau les institutionnels. Les rendements ayant retrouvé des sommets de plusieurs décennies, un nombre croissant de sociétés de gestion juge que le rendement potentiel des obligations longues compense une partie des risques de taux et de finances publiques. Le 10 ans américain a approché 5,4 % ce mois-ci, son plus haut depuis 2002, tandis que le 10 ans japonais a atteint 3,14 %, un plus haut d'environ trente ans. Ce niveau de rémunération ramène sur le marché des investisseurs qui avaient allégé leurs positions. Le rebond est déjà visible : selon les données de Bloomberg, l'indice des obligations d'État mondiales de maturité supérieure à dix ans a rapporté 2,2 % en octobre, nettement mieux que les titres de un à trois ans, quasiment stables. C'est la première fois depuis février que la dette longue surclasse la dette courte sur une base mensuelle. Les valorisations sont redevenues attractives et les achats institutionnels réapparaissent. JPMorgan Asset Management, Aegon Asset Management, Ninety One et Allianz Global Investors ont repris des positions sur la dette publique longue. Bob Michele, responsable mondial des taux chez JPMorgan AM, estime que les obligations longues étaient devenues trop bon marché, avec des rendements très éloignés de leur niveau d'équilibre ; il a récemment renforcé ses positions aux États-Unis, en Australie et au Japon. La hausse des rendements accroît le rendement attendu des obligations, et la récente volatilité des valeurs technologiques a détourné une partie des capitaux vers la dette souveraine. À mesure que les investisseurs réévaluent la rentabilité des investissements massifs des acteurs de l'intelligence artificielle, les actions chèrement valorisées font l'objet d'un examen plus attentif. Les flux le confirment : l'ETF iShares U.S. Treasury enregistre des souscriptions nettes pour le deuxième mois consécutif, quand l'iShares Core S&P 500 est passé de flux positifs à des rachats nets. La demande de valeurs refuges a accentué la hausse des prix. Vendredi, sous la pression des ventes sur les technologies américaines, les rendements des Treasuries ont reculé d'au moins 4 points de base sur toute la courbe, ceux de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande de plus de 5 points. Le 10 ans américain a perdu environ 37 points de base en octobre, sa plus forte baisse mensuelle depuis décembre 2023. Le retour de la demande ne se limite pas aux États-Unis. Les JGB souffraient des anticipations de relance budgétaire, de hausse des taux de la Banque du Japon et d'une demande insuffisante des acheteurs traditionnels ; après le bond des rendements, les investisseurs étrangers ont repris leurs allocations. Prudential, Allianz Global Investors et BNP Paribas Asset Management ont renforcé leur exposition à la dette nippone à moyen et long terme. Le rendement du 30 ans japonais a reculé de près de 40 points de base depuis son plus haut de 4,25 % touché ce mois-ci. Selon l'Association des courtiers en valeurs mobilières du Japon, les assureurs-vie nippons sont acheteurs nets d'obligations ultra-longues pour le quatrième mois consécutif, les étrangers pour le troisième. Les gilts longs bénéficient aussi d'un ajustement de l'offre. Le Debt Management Office britannique a indiqué mercredi que la part des émissions de maturité supérieure à quinze ans tomberait sous 7 % cet exercice, au plus bas depuis 1990-1991, poursuivant la réduction des émissions de dette longue et coûteuse. Les rendements des gilts 20 et 30 ans sont revenus autour de leur plus bas d'un mois. Royal London Asset Management est passé à une surpondération sur le 30 ans britannique. Pour Craig Inches, responsable des taux et de la trésorerie de la société, la poursuite de la hausse des rendements justifie d'allonger la duration des portefeuilles. L'inflation et les tensions budgétaires ne sont pas résolues, et la solidité du rebond fait débat. Les risques qui ont déclenché la vague de ventes n'ont pas disparu : la hausse des prix de l'énergie, le resserrement monétaire des grandes banques centrales et la dégradation des finances publiques peuvent encore exiger une prime de risque plus élevée de la part des détenteurs d'obligations longues. La Fed a laissé ses taux inchangés cette semaine tout en relevant son diagnostic sur la croissance américaine ; Jerome Powell n'a pas défini de trajectoire, et les investisseurs restent divisés sur la nécessité d'un durcissement supplémentaire. En Europe, l'instabilité politique et budgétaire française continue de peser sur le marché. Après le statu quo de la BCE jeudi, les anticipations d'une intervention destinée à contenir la pression sur les titres français ont été revues, et certains emprunts longs européens ont de nouveau reculé. La politique budgétaire américaine reste un point de vigilance. La détente des rendements longs allège la pression de financement du Trésor. Le marché a évoqué une réduction des émissions à 20 et 30 ans, mais plusieurs banques estiment qu'un tel ajustement n'interviendrait pas avant 2027. Les élections de mi-mandat du 3 novembre accroissent l'incertitude : un Congrès divisé limiterait la relance budgétaire ; un maintien inattendu des républicains dans les deux chambres obligerait le marché à réévaluer les dépenses et l'inflation à venir. Pour Hilary Winn, directrice des investissements chez AJ Bell, la séquence actuelle relève d'une accalmie temporaire plutôt que d'un retournement de tendance ; la société privilégie toujours les obligations de meilleure qualité de crédit et de maturité plus courte. Oliver Faizallah, responsable de la recherche taux chez Raymond James Wealth Management, estime que le ralentissement économique et les achats de précaution peuvent continuer de peser sur les rendements, mais qu'un assouplissement budgétaire ou une escalade de conflit ravivant l'inflation pourrait provoquer une nouvelle vague de ventes sur les Treasuries longs.